Pourquoi une personne Alzheimer oublie des informations mais ressent encore profondément les émotions ?
Elle ne se souvient peut-être plus de votre visite. Mais elle peut encore avoir été profondément touchée par la manière dont elle l’a vécue.
C’est l’un des phénomènes les plus troublants de la maladie d’Alzheimer.
Une personne peut oublier une conversation quelques minutes après l’avoir eue, ne plus savoir qui est venu la voir ou ce qu’elle vient de faire. Et pourtant, elle peut se détendre au contact d’une personne rassurante, sourire en entendant une musique familière ou, à l’inverse, manifester de l’anxiété après une situation vécue comme stressante.
Comment est-ce possible ?
Pour le comprendre, il faut d’abord abandonner une idée reçue : la mémoire n’est pas une fonction unique.
La mémoire n’est pas une seule mémoire
Notre cerveau possède plusieurs systèmes de mémoire, qui impliquent des réseaux cérébraux différents.
La mémoire épisodique nous permet de nous souvenir d’événements personnellement vécus : une visite, un repas, une sortie. C’est une forme de mémoire particulièrement vulnérable dans la maladie d’Alzheimer, ce qui explique notamment les difficultés à retenir de nouvelles informations.
La mémoire sémantique concerne nos connaissances générales et le sens des mots. Elle peut également être progressivement atteinte.
La mémoire procédurale, elle, participe à l’apprentissage et à l’exécution de certaines compétences et habitudes. Certains gestes familiers peuvent ainsi rester accessibles alors que la personne n’est plus capable d’expliquer comment elle les réalise.
Il existe également des formes d’apprentissage implicite qui ne nécessitent pas de pouvoir raconter consciemment l’expérience à leur origine.
C’est particulièrement important lorsqu’on parle des émotions.
Une personne peut ne plus pouvoir raconter une expérience sans que tous les effets de cette expérience aient nécessairement disparu.
Ce qui se passe dans le cerveau Alzheimer
L’hippocampe joue un rôle majeur dans la formation et la récupération de nombreux souvenirs épisodiques. Dans la maladie d’Alzheimer, les régions cérébrales impliquées dans la mémoire peuvent être atteintes précocement.
Mais le cerveau ne fonctionne pas comme un interrupteur.
Les différents réseaux cérébraux ne sont pas nécessairement touchés de la même manière ni au même rythme.
L’amygdale, notamment, participe au traitement de la valeur émotionnelle de certaines expériences et à certains mécanismes d’apprentissage associés aux émotions.
Cela permet de comprendre une distinction essentielle :
Se souvenir consciemment d’un événement et avoir une réaction émotionnelle à une situation ne sont pas exactement la même chose.
Une personne peut donc avoir des difficultés importantes à se rappeler un événement tout en manifestant encore, dans certaines situations, des réponses émotionnelles ou des apprentissages qui y sont associés.
Cela ne signifie pas que la « mémoire émotionnelle » reste intacte. La réalité est plus nuancée : les différentes composantes d’une expérience peuvent évoluer différemment au cours de la maladie.
Elle peut oublier la visite… sans que la visite n’ait compté
Imaginez une fille qui passe une heure avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer.
Elles parlent, regardent des photos et rient ensemble.
Une heure après son départ, sa mère demande :
« Est-ce que ma fille est venue aujourd’hui ? »
Elle peut avoir perdu l’accès au souvenir conscient de cette visite.
Mais cela ne permet pas de conclure que cette heure n’a eu aucun impact.
Pendant ce moment, elle a pu ressentir du plaisir, de la sécurité, de l’affection ou simplement le réconfort d’une présence familière.
Nous ne pouvons pas affirmer qu’elle conservera nécessairement une trace émotionnelle précise de cette visite.
En revanche, l’absence de souvenir explicite ne signifie pas à elle seule l’absence d’expérience émotionnelle.
Et cette nuance change notre manière d’accompagner.
Elle peut aussi oublier pourquoi elle est anxieuse
C’est un point essentiel.
On entend parfois :
« Elle oublie, mais elle ressent encore l’amour. »
C’est une vision trop simplifiée.
Les réactions émotionnelles peuvent être positives comme négatives.
Une personne peut manifester de l’anxiété, de la méfiance ou de l’agitation après une situation vécue comme stressante, sans pouvoir expliquer précisément ce qui s’est passé.
Cela ne signifie évidemment pas que toute agitation vient d’un souvenir émotionnel.
La douleur, la fatigue, un besoin physiologique, un trouble sensoriel, un effet médicamenteux ou un environnement trop stimulant doivent également être envisagés.
Mais cela nous invite à regarder le comportement autrement :
Que cherche-t-elle peut-être à nous communiquer ?
Plutôt que :
Comment faire cesser ce comportement ?
Le comportement devient parfois une information
Lorsqu’une personne ne peut plus toujours expliquer verbalement ce qu’elle ressent, son comportement peut nous apporter des indices.
Un refus peut apparaître face à une situation trop complexe ou vécue comme intrusive.
Une répétition peut correspondre à une recherche de réassurance.
Une agitation peut être associée à un inconfort ou à une surcharge.
Mais il ne faut jamais attribuer automatiquement une signification à un comportement.
La bonne démarche consiste à :
Observer → formuler des hypothèses → ajuster → observer à nouveau.
C’est précisément ici que les neurosciences deviennent utiles.
Elles ne servent pas à mettre des mots savants sur Alzheimer.
Elles servent à mieux comprendre pour mieux agir.
Les neurosciences au cœur de la Méthode LIEN®
C’est le cœur du N de la Méthode LIEN® : Nourrir le lien humain au quotidien grâce aux neurosciences.
L’objectif n’est pas de demander à l’entourage de devenir neuropsychologue.
Il est de lui donner une autre grille de lecture.
Prenons une personne qui refuse systématiquement une activité.
Au lieu de conclure :
« Elle ne veut rien faire. »
On peut se demander :
- La consigne est-elle trop complexe ?
- L’environnement est-il trop stimulant ?
- Est-elle fatiguée ?
- A-t-elle mal ?
- Comprend-elle ce qu’on attend d’elle ?
- L’activité correspond-elle encore à ses capacités et à ses intérêts ?
- Son état émotionnel lui permet-il d’y participer ?
Puis on ajuste et on observe.
Comprendre le cerveau permet ainsi de mieux adapter la relation.
C’est tout le sens de LIEN®.
Quand la mémoire flanche, l’environnement devient un soutien
Si une personne ne peut plus s’appuyer aussi facilement sur sa mémoire récente pour comprendre ce qui va se passer, l’environnement peut devenir un véritable support.
Un environnement lisible, prévisible et adapté peut réduire certaines demandes cognitives.
À l’inverse, trop de bruit, de stimulations, de changements ou de consignes complexes peuvent rendre une situation plus difficile à traiter.
Il ne s’agit évidemment pas de créer un environnement vide ou infantilisant.
Il s’agit de créer un environnement compréhensible, sécurisant et respectueux de la personne.
C’est le E de LIEN® : Environnement structuré et apaisant.
Pourquoi notre manière de communiquer compte autant
La communication ne passe pas uniquement par les mots.
Elle passe aussi par :
- Le ton de la voix ;
- Le rythme ;
- Le regard ;
- Les expressions du visage ;
- La posture ;
- La distance physique ;
- Le contexte.
Dire :
Je vais vous l’expliquer encore une fois.
Avec impatience n’aura pas le même impact que :
Bien sûr, je vais vous le redire plus lentement.
Avec une voix calme et un rythme adapté.
Même lorsque la personne ne retient plus l’information verbale, la qualité de l’interaction reste une dimension essentielle de l’accompagnement.
C’est là que le I de LIEN® : Intelligence émotionnelle au service de la relation prend toute sa place.
Stimuler, oui. Mettre en échec, non.
Face aux troubles de mémoire, notre réflexe est souvent de vouloir faire travailler la personne.
Mais stimuler une capacité ne signifie pas la placer constamment face à une tâche devenue trop difficile.
Une activité adaptée peut s’appuyer sur :
- les habitudes ;
- la musique ;
- les gestes familiers ;
- les objets significatifs ;
- les photographies ;
- les expériences sensorielles ;
- les interactions sociales.
Et surtout, nous pouvons changer notre critère de réussite.
Au lieu de demander uniquement :
Est-ce qu’elle s’en souviendra demain ?
Nous pouvons aussi observer :
Comment a-t-elle vécu cette activité aujourd’hui ?
Était-elle détendue ? Engagée ? Curieuse ? En confiance ?
Ou au contraire stressée, fatiguée ou mise en difficulté ?
L’expérience vécue compte, même lorsque sa restitution ultérieure devient difficile.
Une autre manière d’accompagner Alzheimer
Comprendre les neurosciences ne signifie donc pas chercher à tout expliquer par le cerveau.
Cela signifie apprendre à regarder la personne dans sa globalité :
Ses capacités, ses émotions, son environnement, ses habitudes, son histoire et sa relation aux autres.
La maladie d’Alzheimer modifie progressivement les capacités cognitives.
Mais elle ne fait pas disparaître simultanément toutes les ressources de la personne.
Certaines capacités, certaines habitudes, certaines réactions émotionnelles ou certaines formes d’apprentissage peuvent rester accessibles plus longtemps que d’autres.
Notre rôle est de les identifier et de créer les conditions qui permettent de les mobiliser.
C’est précisément la philosophie de la Méthode LIEN® :
Comprendre le fonctionnement du cerveau pour mieux préserver la relation.
Ce qu’il faut retenir
Si vous ne deviez retenir que quatre choses :
- La mémoire n’est pas une seule fonction.
La maladie d’Alzheimer peut toucher différemment les différents systèmes de mémoire. - L’absence de souvenir conscient ne signifie pas nécessairement l’absence de toute réponse émotionnelle.
Certaines composantes d’une expérience peuvent évoluer différemment. - Un comportement est une information, pas automatiquement un problème à corriger.
Il mérite d’être observé dans son contexte. - Les neurosciences prennent leur véritable valeur lorsqu’elles améliorent la relation.
C’est le cœur de LIEN® :
Nourrir le lien humain au quotidien grâce aux neurosciences.
📘 Pour aller plus loin
Comprendre les mécanismes de la maladie d’Alzheimer est une première étape.
Savoir transformer ces connaissances en gestes concrets dans la vie quotidienne en est une autre.
J’ai créé le Livre blanc LIEN® pour vous aider à mieux comprendre les réactions d’une personne atteinte de troubles neurocognitifs, adapter son environnement, communiquer autrement et préserver le lien au quotidien.
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Parce qu’accompagner Alzheimer ne devrait jamais se résumer à gérer des oublis.
Créer du lien même quand la mémoire flanche, c’est ça la méthode LIEN.

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